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Le ginkgo biloba, l’arbre aux quarante écus
Texte de Véronique Mure - Photos de Véronique Mure et de Philippe Ibars
Famille : Ginkgoaceae
Genre : Ginkgo
Espèces principales sur le territoire nîmois :
- (Jardin de l’ancien hôtel Impérator, jardin de la Préfecture, Jardin de la Fontaine…).
Ginkgo biloba L., l’arbre aux quarante écus
Dernier représentant vivant d’une lignée apparue il y a près de deux cents millions d’années, le Ginkgo biloba occupe une place à part dans le monde végétal. Souvent qualifié d’« espèce fossile », il est pourtant tout sauf figé : c’est un arbre du temps long, il traverse les siècles avec une étonnante constance, s’adaptant aux bouleversements climatiques, urbains et historiques sans jamais renier sa singularité.
Arbre caduc de taille moyenne à grande, le ginkgo atteint couramment vingt à trente mètres, parfois davantage pour les sujets les plus anciens. Son tronc, droit et puissant, se couvre avec l’âge d’une écorce épaisse, discrètement crevassée. Sa croissance lente dans les premières décennies contribue à sa remarquable longévité, certains individus dépassant largement le millénaire.
Mais c’est surtout par sa feuille que le ginkgo se distingue : en éventail, parcourue d’une nervation dichotomique unique, souvent divisée en deux lobes, elle ne ressemble à aucune autre. À l’automne, le feuillage se transforme en une masse d’un jaune lumineux, presque irréel, avant de tomber soudainement, parfois en quelques heures seulement, laissant au sol un tapis d’or qui marque durablement les mémoires.
La biologie du ginkgo est tout aussi singulière.
L’espèce est dioïque : arbres mâles et femelles sont distincts. Dépourvu de fleurs et de fruits au sens botanique, le ginkgo se reproduit grâce à des ovules nus chez les femelles et du pollen chez les mâles, témoignant d’une sexualité considérée comme primitive.
Cette originalité lui a valu, au XXᵉ siècle, d’être isolé dans un groupe botanique spécifique, tant il échappe aux classifications habituelles.
Originaire de Chine méridionale, le ginkgo doit probablement sa survie à une longue cohabitation avec les sociétés humaines. Introduit au Japon au XIIᵉ siècle, il devient un arbre sacré, planté à proximité des temples, protégé et respecté. L’Europe ne le découvre que tardivement, à la fin du XVIIᵉ siècle, avant qu’il ne gagne progressivement les jardins botaniques puis les parcs aristocratiques. En France, une anecdote devenue célèbre raconte l’achat, à prix exorbitant, de cinq jeunes plants rapportés d’Angleterre à la fin du XVIIIᵉ siècle. Chacun ayant coûté quarante écus, l’arbre héritera de ce surnom promis à une longue postérité.
Mais la véritable charge symbolique du ginkgo s’est forgée au XXᵉ siècle. En 1945, plusieurs sujets situés à proximité immédiate de l’épicentre de la bombe atomique survivent à l’anéantissement et redonnent des signes de vie dès le printemps suivant. Depuis lors, le ginkgo incarne, bien au-delà de l’Asie, une figure universelle de la résilience, de la mémoire et de la continuité du vivant face aux catastrophes.
Aujourd’hui largement planté dans les villes, le ginkgo est apprécié pour sa résistance exceptionnelle à la pollution, au stress hydrique et aux sols contraints. Les sujets mâles sont privilégiés pour éviter l’odeur forte des ovules produits par les pieds femelles.
Arbre d’ornement, arbre patrimonial, arbre symbole, le Ginkgo biloba occupe ainsi une place singulière dans nos paysages contemporains : témoin silencieux des temps géologiques, compagnon discret de l’histoire humaine et figure végétale profondément ancrée dans l’imaginaire collectif.
Un tel arbre existe dans les jardins de l’Impérator
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