À la rencontre des beaux arbres de Nîmes

Cyprès de Provence

Texte de Véronique Mure

Cyprès de Provence
Photos de Véronique Mure prises au cimetière Saint-Baudile de Nîmes

Embranchement : Gymnospermes
Famille : Cupressaceae
Nom latin : Cupressus sempervirens
Nom français : Cyprès de Provence, cyprès toujours vert

Arbre emblématique des paysages méditerranéens, le cyprès se reconnaît à sa silhouette singulière, étroite et verticale, comme une flamme sombre dressée dans la lumière. Il peut atteindre 20 à 30 mètres de hauteur et vivre plusieurs siècles.

D'où vient-il ?

L’origine du cyprès se situe dans l’est du bassin méditerranéen, entre l’Asie Mineure, la Crète et les îles grecques. Certains auteurs évoquent même une origine liée à l’île de Chypre, dont le nom pourrait avoir donné celui du genre Cupressus.
Présent depuis le Tertiaire, le cyprès appartient au groupe ancien des Gymnospermes, ces plantes apparues bien avant les plantes à fleurs. Il témoigne ainsi d’un monde végétal plus ancien, antérieur à la domination actuelle des Angiospermes, les plantes à fleurs.
Diffusé très tôt par les civilisations humaines, il accompagne les cultures méditerranéennes depuis l’Antiquité. On le retrouve en Grèce, à Rome, en Perse, puis dans toute l’Europe du Sud. Sa présence est autant le fruit de son adaptation écologique que d’une longue histoire culturelle.

Qu'est-ce qui le caractérise ?

Le cyprès est un conifère sempervirent, à feuillage persistant constitué de petites feuilles vert sombre, en écailles, appliquées contre les rameaux. Sa forme la plus connue, dite fastigiée, repose sur des branches dressées, serrées contre le tronc, donnant à l’arbre cette allure élancée si particulière. Il peut aussi, dans ses formes naturelles, s’ouvrir et s’étaler, on le nomme alors Cupressus sempervirens horizontalis.

L’espèce est monoïque : les organes mâles et femelles coexistent sur un même individu. Comme chez toutes les Gymnospermes, il n’y a ni fleurs ni fruits au sens strict. La reproduction s’effectue à partir des cônes :

  • les cônes mâles produisent un pollen abondant, dispersé par le vent au printemps,
  • les cônes femelles (les galbules) portent les ovules et deviennent ligneux en mûrissant.


Cette pollinisation anémophile se manifeste par les « pluies de soufre » caractéristiques, nuages de pollen jaune qui marquent fortement la saison.

Le cyprès se distingue aussi par sa grande résistance : il supporte la sécheresse, les sols pauvres, les vents violents et les fortes chaleurs. Son système racinaire profond et son feuillage dense limitant la circulation de l’air en font un arbre bien adapté aux conditions méditerranéennes. Il développe même des stratégies face au feu, notamment par la libération de composés volatils qui réduisent sa combustibilité en situation de stress thermique. Sa longévité, la permanence de son feuillage et sa sobriété physiologique en font une figure végétale de stabilité et de durée.

Qu'est-ce qui le caractérise ?

Le cyprès est à la fois un arbre utile et un arbre de symbole.

Son bois, dense, odorant et imputrescible, est utilisé depuis l’Antiquité pour des constructions durables : navires, portes, objets sacrés ou funéraires, bois du cercueil des héros et des papes, du plancher du temple de Salomon, de la Croix de Jésus – avec l’olivier et le cèdre -, de la flèche d’Eros, du sceptre de Jupiter… Cette résistance exceptionnelle a contribué à forger son image d’arbre lié à l’éternité.
Mais ses usages dépassent largement la fonction. Le cyprès est un arbre profondément culturel. Josiane Ubaud le dit « arbre du passage » Associé au mythe de Cyparissus dans l’Antiquité, il devient arbre du deuil, fréquemment planté dans les cimetières. Paradoxalement, son feuillage toujours vert et son bois imputrescible en font aussi un symbole de vie éternelle.
« L’idée persane, vraie autant que sublime, est que le cyprès, arbre pyramidal dont la pointe imite une flamme, est un médiateur entre la terre et le ciel. » Jules Michelet, La Bible de l’humanité, 1864.

Dans les quartiers de la garrigue habitée nîmoise, comme dans toute la Provence, il marque souvent l’entrée des propriétés : deux ou trois cyprès annoncent traditionnellement le gîte, le couvert et l’hospitalité. Il est ainsi arbre signal.

Dans les paysages méditerranéens, il a joué un rôle fonctionnel important. Planté en haies ou en alignements, il a servi de brise-vent, protégé les cultures et structuré l’espace agricole.
Ainsi, le cyprès n’est pas seulement un arbre adapté au climat méditerranéen, il est une présence. Une verticale dans le paysage, un lien entre usages, mémoire et regard.

Un cyprès de Provence est visible au 41 rue Rouget de Lisle.
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Un cyprès de Provence est visible au 56 bis rue Vincent Faïta.
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Le cyprès d’Arizona

Cupressus arizonica

Originaire des zones arides du sud-ouest des États-Unis et du nord du Mexique, le cyprès d’Arizona est un proche parent du cyprès de Provence, dont il partage la silhouette élancée et le feuillage persistant.
Il s’en distingue par ses teintes souvent glauques, bleu-vert à argentées, et par une remarquable tolérance à la sécheresse et aux sols pauvres. Bien adapté aux climats chauds et secs, il est aujourd’hui largement planté dans le sud de la France, notamment pour constituer des haies ou des écrans végétaux.
Moins chargé d’histoire que son cousin méditerranéen, il incarne néanmoins une continuité : celle des cyprès comme figures de résistance, capables de s’inscrire durablement dans les paysages les plus contraints.

Un cyprès d’Arizona est visible à l’angle de la rue d’Albenas et de la rue Rouget de Lisle.
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* Josiane Ubaud, Des arbres et des hommes : architecture et marqueurs végétaux en Provence et Languedoc, 2e éd., Aix-en-Provence, Édisud, 2017, 364 p.
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