À la rencontre des beaux arbres de Nîmes

Être un arbre dans la ville

L’arbre urbain, essentiel pour la qualité de vie en ville, fait face à des défis climatiques et de gestion. Le micocoulier, résistant et emblématique, illustre la nécessité de préserver notre patrimoine arboré. Il est crucial de considérer les arbres comme des êtres vivants au sein de communautés végétales, et non comme de simples éléments décoratifs. Une vision partagée entre élus, techniciens et habitants est indispensable pour créer des espaces urbains vivants et durables.

L'importance des arbres en milieu urbain

L’arbre en ville focalise aujourd’hui l’attention de tous. Le monde politique, tout comme la société civile, mesure l’importance des arbres dans l’espace urbain. De par les services écosystémiques qu’il est censé nous rendre, il est considéré comme un levier majeur pour le maintien de notre qualité de vie aujourd’hui menacée par la crise climatique.

Les défis de l'écosystème urbain

Pourtant l’écosystème urbain n’est pas des plus accueillants pour les arbres. D’une part le temps long de l’arbre est rarement compatible avec le temps des villes, sans cesse en reconstruction sur elles-mêmes. D’autre part, si nous avons trop chaud dans la ville où la minéralité domine, les arbres ont de même trop chaud et très soif. Malgré toutes les avancées scientifiques et techniques, nous devons faire le constat que le patrimoine arboré des villes dans son ensemble va plutôt mal. Il cumule l’impact violent des changements climatiques et des décennies d’une gestion impitoyable à son égard.

Le micocoulier, un arbre résilient, un patrimoine à préserver

Un arbre cependant résiste pour l’instant à ces agressions climatiques : le micocoulier. La silhouette massive du micocoulier provençal (Celtis australis) est familière aux Nîmois. Arbre de première grandeur, dans toutes les villes méditerranéennes, il se substitue peu à peu au platane, fragilisé depuis plusieurs années par le chancre coloré. À l’avant-garde, Nîmes a très tôt fait la part belle au micocoulier dans ses alignements. Il fut même une époque où l’on venait voir les micocouliers nîmois comme une curiosité, tant leur nombre était considérable.

Cet arbre, peut-être plus que tous les autres, fait partie de notre patrimoine. Il faudrait remonter quatre siècles en arrière pour retracer son histoire mais surtout, nous devons nous projeter vers l’avenir pour mesurer son importance dans nos villes de demain.

Vers une culture commune de l'arbre urbain

Avant de leur demander de rendre la ville vivable, demandons-nous comment leur permettre d’y vivre pleinement leur vie d’arbre ! Notre intérêt pour l’arbre en ville ne peut pas être seulement motivé par une quantité d’arbres à planter, avec des objectifs de performance fractionnés (rafraichissement de la ville, captation du CO2, augmentation de la biodiversité…). Il y a urgence à considérer chaque essence en tant qu’être vivant dans toute sa complexité. Au-delà, il est indispensable que chaque arbre ne soit plus isolé dans des aménagements carbonés mais intégré dans des communautés végétales.

Concevoir l'espace urbain comme un système vivant

Pour cela nous devons construire une culture commune de l’arbre urbain. Élus, techniciens, et habitants doivent se départir d’une course au nombre, pour accepter de regarder autrement les arbres dans l’espace public, sans oublier de se poser la question de quel paysage urbain est-on en train de fabriquer pour demain ?

Véronique Mure – janvier 2025