À la rencontre des beaux arbres de Nîmes

Les pins

Texte de Véronique Mure - Photos de Francis Bonnefont

Les pions à Nimes

Embranchement : Gymnospermes
Famille : Pinaceae
Genre : Pinus
Espèces principales sur le territoire nîmois :

  • Pinus halepensis Mill., pin d’Alep

  • Pinus pinea L., pin parasol ou pin pignon

  • Pinus nigra J.F. Arnold, pin noir

Arbres familiers du paysage nîmois, les pins appartiennent à l’embranchement des Gymnospermes. Leur lignée, vieille de plus de 250 millions d’années, a connu son apogée à l’ère secondaire. Ils dominaient alors de vastes forêts à l’échelle de la planète.
Ils sont les premiers à « acquérir » des graines, ce qui les place dans le grand groupe des Spermaphytes (les plantes à graines). Cependant ils n’ont ni fleur ni fruit. Ils seront ensuite supplantés par les Angiospermes (les plantes à fleurs), qui domineront à leur tour le règne végétal sur tous les continents. Aujourd’hui seulement 85 à 90 genres pour un peu plus de 1 000 espèces de gymnospermes sont présents à l’échelle mondiale.
Des chiffres très faibles comparés aux Angiospermes (plus de 13 000 genres), ce qui souligne leur caractère relictuel mais aussi leur extraordinaire capacité de résistance sur le temps long. Les Gymnospermes, les pins notamment, ont néanmoins traversé les grandes crises climatiques et évolutives, conservant jusqu’à aujourd’hui une place majeure dans les milieux soumis à de fortes contraintes environnementales, tels que les milieux secs ou montagnards.
Les pins sont des arbres à feuillage persistant dont les feuilles sont transformées en aiguilles, réduisant la surface d’évaporation et permettant une activité photosynthétique continue. Ils produisent une résine abondante qui joue un rôle essentiel de protection face aux agressions. On dit qu’ils sont des « résineux ». Leur tronc, parfois protégé par une écorce épaisse et fissurée, participe à leur résistance aux agressions mécaniques, thermiques et biologiques. La longévité des pins est contrastée mais souvent relativement brève, les positionnant comme des essences pionnières.
La reproduction des pins illustre la singularité des Gymnospermes. Ils portent sur un même individu des cônes mâles et des cônes femelles distincts. On parle alors d’espèces monoïques. Le pollen, produit en grande abondance, est disséminé par le vent au printemps, donnant lieu aux bien connues « pluies de soufre ». Les ovules, portés par les cônes femelles, restent exposés à l’air libre : il n’existe ni fleur ni fruit au sens botanique. La fécondation est lente, parfois différée, et la maturation des cônes s’étale sur plusieurs saisons.
Pour le pin d’Alep (Pinus halepensis), par exemple, il faut environ 2 à 3 ans pour que les graines contenues dans un cône soient pleinement matures. Et encore, pour cet exemple précis, faudra-t-il le passage d’un feu pour permettre la pleine ouverture du cône et activer la germination des graines.

Sur le plan physiologique, les pins se distinguent par une remarquable efficacité hydraulique. Leurs vaisseaux, des trachéides munies de ponctuations, limitent les phénomènes d’embolie et confèrent à ces arbres une bonne tolérance aux sécheresses prolongées. Cette caractéristique explique leur aptitude à coloniser des sols « pauvres » et/ou superficiels et à se maintenir dans des contextes climatiques contraignants.

Depuis l’Antiquité, les pins occupent une place importante dans les usages et les représentations culturelles. Arbres de résine, de bois et de graines, ils sont associés à la construction, à la navigation, aux pratiques rituelles et symboliques. La pomme de pin, figure de fécondité et de permanence, traverse les mythologies méditerranéennes et orne encore aujourd’hui l’architecture et les arts décoratifs. Dans les paysages contemporains, les pins demeurent des marqueurs forts, tantôt valorisés pour leur silhouette et leur capacité d’adaptation, tantôt questionnés quant à leur place dominante dans l’évolution des milieux forestiers.
A Nîmes, les trois espèces dont il est question ici, expriment chacune une facette particulière de l’histoire écologique et culturelle des conifères en contexte méditerranéen.
Le pin d’Alep a une place importante dans la recolonisation des paysages de la garrigue habitée, autrefois très « ouverts », suite à l’abandon des cultures et du pastoralisme. Ils structurent durablement le paysage périurbain, allant jusqu’à former ce que l’on peut appeler aujourd’hui une « forêt urbaine » avec les avantages mais aussi les risques corolaires, notamment une grande vulnérabilité au feu.
Le pin parasol est quant à lui caractéristique des paysages du plateau des Costières, au sud de la ville. L’habitat des pins noirs est moins typiquement nîmois. C’est un arbre des forêts montagnardes sèches à subméditerranéennes, situées à l’interface entre climats méditerranéen et continental. Parmi tous les pins noirs, signalons le pin de Salzmann (Pinus nigra subsp. Salzmanii), typiquement méditerranéen, dont on peut voir de beaux exemplaires dans la forêt communale de Clos Gaillard.

Pinus halepensis Mill. — Pin d’Alep
Taille moyenne : 15 à 20 m
Tronc : souvent tortueux, écorce gris clair à orangée
Longévité : généralement inférieure à un siècle
Feuilles : aiguilles souples, fines, par deux

Essence pionnière emblématique, le pin d’Alep se distingue par sa grande plasticité écologique. Indifférent à la nature des sols, capable de se régénérer rapidement après incendie grâce à ses cônes sérotineux, il accompagne les dynamiques de reconquête végétale et structure largement les garrigues nîmoises.

Un tel arbre existe rue de Saint-Gilles. Pour lire sa fiche : cliquer
Un tel arbre existe rue Rouget de Lisle. Pour lire sa fiche : cliquer

Pinus pinea L. — Pin parasol, pin pignon
Taille moyenne : 20 à 25 m
Tronc : droit, puissant, écorce épaisse
Longévité : élevée, plusieurs siècles
Feuilles : longues aiguilles rigides, par deux

Reconnaissable à sa silhouette en ombrelle, le pin parasol est étroitement lié aux paysages culturels méditerranéens. Producteur de pignons depuis l’Antiquité, il confère aux sites où il est implanté une forte valeur patrimoniale et symbolique. Il est caractéristique des boisements des coteaux des Costières et de la Camargue.

Pinus nigra J.F. Arnold — Pin noir
Taille moyenne : 20 à 30 m
Tronc : droit, massif, écorce sombre

Longévité : élevée
Feuilles : aiguilles longues et rigides, par deux

Espèce robuste, le pin noir se caractérise par sa tolérance à des conditions climatiques contrastées. Présent plus discrètement à Nîmes, il enrichit la diversité structurelle et écologique des peuplements de pins.

Un tel arbre existe rue Hoche. Pour lire sa fiche : cliquer

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