À la rencontre des beaux arbres de Nîmes

Qu’est-ce qu’un arbre remarquable ? La notion de « remarquabilité »

Les critères de sélection définissant ce qu’est un arbre remarquable peuvent être regroupés en deux grandes catégories : les critères biologiques et ceux liés à l’homme.

Les critères biologiques

Le cas le plus favorable se rencontre lorsqu’on dispose d’un document écrit ou d’une photographie (pour les arbres à croissance rapide) attestant la plantation de l’arbre ou un événement s’étant produit à proximité. Exceptionnellement, on peut s’appuyer sur des mesures plus précises : soit par carottage (une tarière spéciale est enfoncée dans le tronc et ramène une «carotte» de bois qui permet de compter les cernes annuels), soit par datation au carbone 14 d’échantillons de parties mortes d’un arbre, ce qui a permis d’apprendre que les plus vieux Genévriers de Phénicie du Gard pouvaient dépasser les 1000 ans !

Critères liés à l'homme

Ils sont très variés et cette liste n'est pas limitative. Un développement spécial est consacré aux arbres marqueurs, dans une deuxième partie.

Les arbres marqueurs

Dans son livre « Des arbres et des hommes, architecture et marqueurs végétaux en Provence et Languedoc-Roussillon », l’ethnobotaniste Josiane Ubaud analyse très finement les rapports entre sociétés et arbres plantés depuis plus de trois siècles. Elle distingue plusieurs catégories d’« arbres marqueurs » : essentiellement les marqueurs de catégories sociales des propriétaires, les marqueurs culturels sacrés, les marqueurs utilitaires et les nourriciers de proximité.
Ainsi, ce n’est pas par hasard que vous rencontrerez un grand cèdre devant un vieux château, un micocoulier devant une chapelle ou une église, ou un amandier près d’un maset. La plantation d’arbres spécifiques a longtemps obéi à des codes dictés par les sociétés, codes qui ont évolué également avec les modes résultant des introductions d’espèces non indigènes. Ainsi séquoias et calocèdres sont-ils venus au 19e siècle s’ajouter aux cèdres pour marquer l’appartenance des propriétaires à une classe aisée. Vous les rencontrerez systématiquement dans tous les parcs de grands mas, souvent en assez mauvais état car les périodes de sécheresse estivale de la plaine gardoise ne conviennent pas vraiment à ces deux essences de la côte pacifique des U.S.A. habitués aux brumes océaniques.

Les marqueurs sacrés sont davantage connus : cyprès, olivier, laurier noble, buis auxquels s’ajoute une espèce beaucoup moins répertoriée dans ce rôle : le micocoulier. L’historien Pierre-Albert Clément donne des éléments fort intéressants à son sujet. Dans cette catégorie entrent également les arbres ayant servi ou servant encore de lieux de rassemblements cultuels (chênes, cades) ou de pratiques familiales (urnes funéraires déposées près d’un arbre).

Les marqueurs utilitaires renvoient à leur plantation à des fins bien précises, indépendantes de leur rôle de marqueur social :

Josiane Ubaud classe les figuiers, jujubiers et amandiers comme des « nourriciers de proximité, marqueurs de convivialité », les deux premiers près des maisons d’habitation, le troisième près des masets de campagne.
Une catégorie d’arbres remarquables du fait de leur plantation, souvent ancienne, peut également se rencontrer à l’occasion d’un évènement historique important comme les « arbres de la Liberté ou de la Révolution » plantés après 1789, tel le peuplier noir de Bizac (commune de Calvisson) qui est panneauté. Ces arbres, dûment authentifiés et dont l’âge précis est connu, sont maintenant rarissimes dans le Gard et souvent en très mauvais état, ce qui sur le plan biologique peut accroitre leur valeur écologique puisqu’ils peuvent ainsi abriter des communautés végétales et animales de fin de chaîne alimentaire.
Cela vaut également pour un grand nombre d’arbres réputés « de Sully » dont l’ancienneté effective reste à prouver.

En conclusion

Les critères liés à l’homme sont les plus nombreux et les plus difficiles à apprécier car ils sont dépendants de notre relation à l’arbre et donc nécessairement empreints d’une certaine part de subjectivité, elle-même liée à l’échelle géographique considérée et au contexte social. La pondération de l’importance d’un arbre variera donc grandement et on ne peut échapper à ce biais. Tel arbre lié à un évènement historique local sera peu considéré en passant au niveau régional voire national, par exemple. Mais là n’est pas le plus important. L’essentiel est la prise de conscience de la valeur irremplaçable des arbres (les plus vieux en particulier) et de notre devoir de transmission de ce patrimoine aux générations futures, d’où l’absolue nécessité d’effectuer des inventaires car sans eux pas de protection possible.

Yves Maccagno – mars 2025